Il y a des images qui vous marquent, qui vous interpellent, qui vous étonnent. C'est ainsi, par pur hasard en tombant sur une interview tv sur un certain Jean Rollin que l'histoire a commencé.
Il y raconte le tournage de son tout dernier film :
La nuit des horloges.
La fatigue commençant à pointer le bout de son nez, je continue malgré tout à regarder cette interview sur ce Mr Rollin. On y voit en insert quelques photos de ce film et cela m'intrigue, je ne sais pourquoi...
Bref, cette interview me donne l'envie d'en savoir plus sur ce Mr Rollin. Et me voilà bientôt chez moi, confortablement installé dans mon canapé, entrain de regarder en DVD La nuit des horloges.
Les premières minutes du film sont à l'image de ce que j'ai pu lire sur son univers, à savoir totalement décalées, surréalistes ( je pense à Sabine Lenoël avec ses ailes d'ange ) et je sens un style bien trempé.
Mes premières impressions furent «Mais qu'est ce que c'est que ce film?», «Qu'est ce que je suis entrain de regarder ?». Je décide toutefois de continuer le visionnage, et la magie opère peu à peu rapidement, je suis totalement impressionné et sous le charme de ces images sublimes et étonnantes. Et cet univers dans lequel Jean Rollin nous transporte, cette impression d'être dans un rêve (mauvais ou bon peu importe)...
Puis, petit à petit, ses films viennent remplir mes étagères.
Quel plaisir d'être à chacun de ses films sous le charme, de voir autre chose que certains films régis par des codes.
Je n'ai malheureusement jamais eu la chance de rencontrer Jean Rollin mais c'est avec tristesse que j'apprends son décès en décembre 2010. Je prends conscience que son style unique va manquer au cinéma.
Le 26 février 2012, j'ai eu le privilège de rentrer un peu plus dans son univers lors d'une vente autour de sa succession organisée par Véronique D.Travers et Serge Rollin en personne avec lesquels nous avons pu évoquer la vie et l'œuvre de Jean.
Merveilleux souvenirs pour moi, je repars avec un exemplaire des Deux orphelines vampires, des Ecrits complets et d'un échantillon 35mm original des Raisins de la mort. Pourtant en quittant cet appartement, j'éprouve un fort sentiment de tristesse. Voir tous ces objets ayant appartenu à Jean, cette impression de vide que je ressens... J'aurais tant aimé parler avec lui, lui poser un tas de questions :
« Racontez-moi le tournage dans le donjon de la Roche Guyon », «Et au cimetière à Amiens »…
Autre étrange impression, les deux fois où je me suis rendu au Père Lachaise à la recherche de sa sépulture.
Je me revois errant parmi les allées de cet endroit typiquement Rollinien, cherchant et cherchant en vain...
Je m'imagine presque croiser Ovidie ou les Orphelines au détour d'une allée...
Bilan de tout ceci, je suis convaincu que le hasard fait parfois bien les choses car je n'aurais peut-être jamais connu l'œuvre de Jean Rollin si je n'étais pas tombé sur ce documentaire mentionné au début.
Je serais vraiment passé à côté de quelque chose, car c'est toujours un plaisir pour moi de visionner ses films, même après des dizaines de fois.
Chapeau Monsieur Rollin pour l'ensemble de votre œuvre et pour votre courage à avoir persévéré malgré les critiques et parfois certaines difficultés.
Une leçon pour les futurs artistes...
Pierre Bertin